Il ne faisait pas particulièrement frais, le week-end dernier, sous la Halle Freyssinet, ancienne infrastructure ferroviaire située derrière la gare d’Amiens, et l’on enviait le Nauti-poulpe inauguré en 2025 qui, à quelques dizaines de mètres de là, sur l’esplanade, était rafraîchi par un bassin végétalisé. Mais l’enthousiasme des amateurs de bande dessinée a résisté aux 38° ambiants.

Nés en 1996, les Rendez-Vous de la BD d’Amiens, organisés par l’Association On a marché sur la bulle, qui compte une vingtaine de salariés, se sont imposés comme un rendez-vous de qualité, à la formule originale. En effet, depuis la crise du Covid, qui imposa un an de pause, la manifestation se tient sur trois week-ends consécutifs de juin, auxquelles s’ajoutent de nombreuses journées réservées aux scolaires. Cet étirement permet de répartir le public, évitant ainsi tout engorgement. Les expositions restent naturellement en place durant tout le mois, mais la liste des auteurs invités se renouvelle chaque semaine. Ainsi, cette année, on a pu notamment croiser Emil Ferris, Damien Cuvillier, Guy Delisle, Fanny Michaelis, Pénélope Bagieu ou Nicolas Keramidas les 6 et 7, Nicolas Dumontheuil, Marion Montaigne, Jean Harambat, Thierry Martin, Jean Dytar et Matthieu Bonhomme les 20 et 21. Benoît Peeters et François Schuiten ont fait un aller-retour depuis Paris dans la journée du 20 pour assurer le commentaire d’un parcours pédestre à travers la ville sur les traces de Jules Verne. Parcours débutant, comme il se doit, au pied du Nauti-poulpe, créature hybride croisant le Nautilus avec un kraken, œuvre en bronze pesant environ 12 tonnes, conçue par le dessinateur des Cités obscures et le sculpteur Pierre Matter.

Les organisateurs de ces Rendez-Vous ont tout fait, depuis des années, pour décourager les collectionneurs et chasseurs d’autographes. Ils cherchent à attirer un public familial et mettent un accent particulier sur la jeunesse. Dans les 7000 m2 de la Halle, toute en longueur et structurée par de grandes cimaises courbes, le public déambule, guidé par une escouade de bénévoles jeunes, souriants et investis, entre 3 espaces librairie, 4 espaces signatures, des lieux dédiés aux rencontres ou aux ateliers, et une demi-douzaine d’expositions. Elles étaient, cette année, dédiées à Emil Ferris, Pénélope Bagieu, Lucky Luke, Mickey et la série de manga Fairy Tail. De même que l’exposition Mickey et ses amis, une longue histoire dessinée, évoque Gottfredson, Barks, Di Rosa, Taliaferro et tous les dessinateurs français qui, ces dernières années, se sont emparés du panthéon disneyen pour le compte des éditions Glénat, l’expositionLucky Luke court toujours présente de superbes originaux de Morris et tire le fil de la carrière du célèbre cow-boy jusqu’à Ralf König, Bouzard, Blutch et Bonhomme. Ces expositions se distinguent en outre par deux qualités : elles sont éminemment pédagogiques, prenant le visiteur par la main et lui donnant tous les repères dont il a besoin pour comprendre ce qui lui est montré, et leur scénographie est ludique, joyeuse, inventive, de nature à combler petits et grands.

À l’heure où, comme l’ensemble de l’industrie du livre, le marché de la bande dessinée souffre d’une offre surabondante et d’un rétrécissement de la demande, il est réjouissant de fréquenter une manifestation qui fait tout ce qu’il faut pour séduire une nouvelle génération de lecteurs.

Sauf aléas budgétaires et/ou politiques, dans quelques petites années l’association On a marché sur la bulle devrait disposer d’espaces permanents lui permettant de déployer sa programmation et ses activités tout au long de l’année, au sein de la PIC  (ancien tri postal en voie de requalification) où elle voisinera avec le FRAC Picardie et l’École supérieur d’Art et de Design pour former un grand centre de l’art contemporain, de la bande dessinée et de l’image animée.

(Photos Thierry Groensteen)