En dépit d’une météo maussade, le Grand Off aura plutôt fait bonne figure. Les conférences et débats proposés quatre jours durant au Lieu utile ont été très suivis. Si le public était des plus clairsemés jeudi (mais 136 classes étaient reçues pour des visites ou des ateliers), durant le week-end on a pu observer des files d’attente non négligeables pour le « train-fantôme » de Blanquet au Vaisseau Moebius et pour la projection du nouveau film d’Ocelot dans la cour de l’Hôtel de Ville.

Jeudi à 14 h 30, la rue Hergé était encore… plutôt calme.
Quelques expositions ont retenu mon attention : l’« Office du tourisme de la bande dessinée » au musée des beaux-arts, une expo parodique assez anecdotique mais drôle, conçue par Fred Felder ; celle consacrée à Genis Rigol (Brunilda a la Plata), Dimitri Tsekenis (La Timidité des arbres) et l’illustratrice Hajar Moradi à l’Hôtel Saint-Simon ; celles, aussi, de Richard Marazano et de Gus Bofa au Lieu utile – le premier cité prépare un livre sur un peintre orientaliste fictif et a prévu de réaliser lui-même quelque 200 œuvres à l’huile et à la tempera qui lui seront attribuées, il en exposait deux ou trois dizaines. Dans un registre voisin, Nathalie Ferlut et Thierry Leprévost proposaient « L’Extraordinaire Disparition de Winson Nowhere » pour découvrir un soi-disant dessinateur à la fois culte et méconnu.

Richard Marazano (au centre) présentant son exposition

À l’Hôtel Saint-Simon
L’Espace Franquin et une librairie Cosmopolite démultipliée, qui accueillaient des auteurs en dédicace, étaient très fréquentés. Il s’agissait essentiellement d’artistes locaux, mais on notait la présence de quelques auteurs de renom comme Emile Bravo, Dominique Bertail, Claire Braud ou Wilfrid Lupano. Un étage était réservé à l’accueil des auteurs qui pratiquent l’autoédition et que l’on ne voyait jamais, d’ordinaire, à Angoulême car ils n’ont pas les moyens d’y prendre un stand. Ils pratiquent la BD de genre (fantasy, S-F, peplum, humour…) avec un talent très inégal.

Chez les auteurs autoédités
Du côté des éditeurs, les grands n’étaient pas là, et les alternatifs les plus connus du public (L’Association, Cornélius, Ça et là) avaient préféré investir les manifestations proposées, aux mêmes dates, dans plusieurs lieux parisiens. Tout de même, Flblb, Petit à Petit, Akileos, Delirium, Ici Même, Tanibis, les éditions de la Cerise, ou les Requins marteaux, eux, étaient sur place, la plupart au « village des éditeurs » monté au sein des chais Magelis.
La Cité de la bande dessinée n’a pas pu inaugurer sa grande exposition sur les 40 ans des éditions Delcourt, scénographiée par l’agence Lucie Lom qui compte en son sein Marc-Antoine Mathieu, l’un des grands auteurs maison ; elle le sera le 5 février. Mais outre le train de Blanquet (installation immersive reprenant un principe déjà mis en œuvre en 2009 au musée d’Art contemporain de Lyon), elle inaugurait une très belle exposition patrimoniale consacrée à Benjamin Rabier, dont la commissaire n’est autre que Marguerite Demoëte, dernière directrice artistique du FIBD à avoir été licenciée par Frank Bondoux sans que l’on sache pourquoi. Elle aurait accueilli quelque 20 000 visiteurs en quatre jours.
Ainsi, il a été démontré, 1° qu’avec des moyens réduits mais beaucoup d’énergie, de volonté et de créativité, il est possible d’organiser une manifestation conviviale, de qualité, qui avait en outre pour avantage d’être entièrement gratuite ; 2° qu’après plus d’un demi-siècle de festival, la bande dessinée fait désormais partie de l’ADN de la Cité des Valois, qui n’est pas du tout prête à tourner la page ; 3° qu’à côté d’une structure comme 9eArt+, opérateur officiel depuis 18 ans, il existe tout un écosystème (CIBDI, FRAC, pôle image MAGELIS, association CapBD, collectifs d’auteurs, écoles…) qui a de la ressource et de vraies capacités organisationnelles.
Bien sûr, ce Grand Off n’avait aucunement la prétention d’égaler les éditions habituelles du festival, ni en termes de fréquentation ni s’agissant de la dimension internationale, quasi absente (un stand sur la BD taiwanaise, toutefois, au « pavillon UNESCO »). Mais ses organisateurs l’ont affirmé avec fierté et détermination : à l’avenir, il faudra compter avec eux.

Le stand taïwanais

Extrait des pages réalisées par Genis Rigol pour l’occasion
(Photos Thierry Groensteen)

