Le Bicentenaire de la photographie est célébré depuis cet automne par toute une série d’expositions, de publications et de rencontres. C’est l’année 1827 qui a été retenue comme date de naissance du médium, celle où Nicéphore Niepce, depuis la fenêtre de sa maison de Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire), réalisa la photo intitulée Point de vue du Gras.
Or, c’est également en 1827 que Rodolphe Töpffer (plus jeune que Niepce de trente-quatre ans) dessina l’Histoire de Mr Vieux Bois, la première de ses sept « histoires en estampes » aujourd’hui considérées comme les premières bandes dessinées. De sorte que, sans fausse modestie, le neuvième art peut lui aussi revendiquer ses deux siècles d’existence.
C’est ce dont mon ami Philippe Kaenel et moi-même nous sommes avisés au cours d’une conversation voici plus d’un an, et depuis nous nous sommes mis en devoir de commémorer cet anniversaire comme il convient. N’étant mandatés par personne et mus par aucun autre intérêt que scientifique, nous avons pris notre bâton de pèlerin pour rameuter la communauté des « töpfferiens » et gagner un certain nombre de partenaires à cette cause. Il était malheureusement trop tard pour inscrire le Bicentenaire de la BD sur la liste des commémorations nationales arrêtées chaque année, au nombre de 100, par le service France Mémoire, rattaché à l’Institut de France (qui, pour 2026, a retenu le centenaire de René Goscinny), ce qui aurait permis de lever plus facilement des financements.

Il y a trente ans déjà, membre du « Comité Töpffer » constitué pour préparer le programme de célébrations du cent-cinquantenaire de sa mort, j’avais eu comme première préoccupation de trouver un éditeur prêt à prendre en charge la réédition de ses histoires en estampes, et je l’avais trouvé en la personne de Jacques Binsztok, qui dirigeait le département jeunesse des éditions du Seuil. À quoi servait-il, en effet, de célébrer un artiste dont les œuvres étaient peu accessibles ? Trois volumes étaient parus, dont je rédigeai les préfaces. (Je raconte tout cela, et bien davantage, dans le chapitre « Mon histoire avec Töpffer » de mon livre Une vie dans les cases, aux éditions PLG.)
Une génération plus tard, le travail est à refaire, l’édition du Seuil étant depuis longtemps indisponible. La qualité du travail accompli en faveur d’autres œuvres patrimoniales (celles, notamment, de Gustave Doré) m’a incité à me tourner vers les éditions 2042. Elles ont, sans tergiverser, accepté de prendre en charge le projet d’une nouvelle édition des œuvres de Töpffer. Ce sera chose faite en octobre 2027, en coédition avec Atrabile (il s’agira donc d’une collaboration franco-suisse) et avec le soutien de la Fondation pour le musée de la bande dessinée de Genève (lequel ouvrira ses portes un peu plus tard).
Cette nécessaire remise en circulation des aventures de M. Vieux Bois, M. Jabot, M. Crépin ou du Docteur Festus, dans une édition soignée qu’accompagnera un appareil critique, sera incontestablement le temps fort d’une année qui verra fleurir, autour du Bicentenaire, publications, colloques, rencontres et expositions. Le détail du programme (appelé à être progressivement précisé et complété) est dès à présent accessible en ligne sur le site Töpfferiana, incontournable partenaire : http://www.topfferiana.fr/2026/11/2027-bicentenaire-de-la-bande-dessinee/

Recueil de dessins à paraître en mars 2027
Ce résultat me laisse pourtant, je dois le confesser, un petit goût d’inachevé. Les circonstances de l’invention de la bande dessinée vont bénéficier de toute la lumière souhaitable, et je m’en réjouis, mais le Bicentenaire n’aurait-il pas dû fournir également l’occasion de revisiter et d’interroger toute son histoire et d’honorer son riche patrimoine ? À l’exception de l’exposition que prépare la Cité internationale de la Bande dessinée et de l’Image sur « 200 ans de BD à travers le prisme de l’évolution du concept de héros », je n’ai pas connaissance d’initiative en ce sens. Quand je me suis présenté devant le « groupe BD » du Syndicat national de l’édition pour les sensibiliser à cette opportunité, je n’ai trouvé, chez les représentants des grandes maisons d’édition, qu’une écoute polie, qui n’a débouché sur rien. Mais il n’est peut-être pas trop tard et toutes les bonnes volontés qui voudront s’emparer du sujet seront les bienvenues.

